Paul Rebillot

Paul Rébillot est décédé en février 2010. 

Son dernier stage inédit a été une transmission de ses sources spirituelles donnée à une poignée d'étudiants. 

Je suis très honorée d'avoir pu apprendre à ses côtés aussi longtemps que possible.

Un mois après, il était atteint d'une pneumonie et il s'est éteint après un sursaut qui lui a donné l'élan de contacter à nouveau quelques-uns de ses étudiants.

Pour moi, Paul était tel un Père Noël, il était un sage et il demeure telle une présence rassurante auprès de moi.

Ce stage est basé sur la kabbale, entre autre.

Nous l'avons transmis une première fois à d'autres élèves de Paul en 2014.

Je le transmets actuellement à un groupe de personnes qui suivent mes stages depuis plusieurs années.

L'enseignement des Mythes
Paul Rebillot
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Voici la préface de Stanislav Grof du livre "le voyage du héros" de Paul Rébillot. Après cette première aventure : "le voyage du héros", qu'il a partagé non seulement aux U.S.A mais aussi dans plusieurs pays en Europe, il a continué à créer différents voyages initiatiques, tous aussi profonds et étonnants.

"Sur la magnifique côte californienne de Big Sur, environ quarante miles au sud de Monterey et Carmel, sur une étroite bande de terre entre les montagnes et l'Océan Pacifique, se trouve le fameux Esalen Institute. Depuis 1962, quand il a échangé son identité de motel pour le premier centre de développement du monde, ce petit établissement, à peine visible depuis l'autoroute, est devenu une Mecque du mouvement pour le potentiel humain. Les gens vivant et travaillant à Esalen, ou étroitement associés, ont apporté des contributions originales qui peuvent facilement rivaliser avec celles de toute université, de tout institut de recherche, de tout hôpital, ou de tout autre établissement traditionnel.

J'ai eu l'opportunité exceptionnelle de vivre et de travailler à Esalen pendant quatorze ans. C'est dans cet extraordinaire et original laboratoire humain que j'ai rencontré Paul Rebillot et que j'ai développé avec lui une amitié personnelle. Ma femme et moi avons fait venir Paul à de nombreuses reprises comme membre invité à nos séminaires d'un mois entier, et nous avons pu vivre et apprécier son travail à la fois comme participants et comme observateurs. Nous étions très surpris et impressionnés par le profond impact que cette approche ludique, bienveillante et faussement simple pouvait avoir sur les participants. Nombre d'entre eux ont vécu le pouvoir de guérison et de transformation de l'atelier ; et les professionnels de santé mentale parlaient de la profondeur de l'apprentissage expérientiel et d'intuitions théoriques de grande valeur.

Même dans le contexte étonnamment riche et stimulant d'Esalen, la structure originale de Paul, le Voyage du Héros, était dans une catégorie à part. Tandis que les autres ateliers offraient des approches de qualité, mais souvent plutôt spécialisées, comme la pratique de la Gestalt, le psychodrame, la dynamique de groupe, diverses formes de travail corporel, l'exploration de la mythologie, la danse, ou la peinture, l'approche de Paul représente une synthèse créative qui mêle beaucoup de ces éléments dans un amalgame unique de thérapie, de théâtre, de musique et de chant, de rituel, de danse, de célébration et de confection de costumes.

Depuis des temps immémoriaux, la guérison a été l'affaire du spirituel et a toujours été reliée à l'art – musique instrumentale, chant, danse et peinture. A l'ère industrielle, la thérapie a perdu son lien avec la spiritualité et l'art ; elle est devenue sèche et dévitalisée. Paul Rebillot a été capable de redécouvrir ces dimensions et de les réintroduire dans le procédé de guérison. Par ailleurs, le Voyage du Héros est imprégné d'un salutaire sens de l'humour, et il procure un délicieux divertissement.
Cet élément mérite d'être particulièrement souligné et considéré, car le rôle de l'humour comme important instrument de guérison peut à peine être surestimé.

Il peut être utile de regarder vers quelques sources d'inspiration de Paul Rebillot, parmi les plus significatives, qui l'ont aidé à créer cette structure originale. Il ne fait aucun doute que sa passion de toute une vie pour les arts dramatiques a été un facteur d'une importance capitale. Il a étudié les arts du théâtre à l'université du Michigan et a eu beaucoup d'années d'expérience pratique dans la direction, le jeu et la conception.
Le service militaire l'a conduit pour un an au Japon, où il a travaillé dans le Service de Radio pour le Proche Orient de l'armée U. S. Être ainsi exposé à une culture esthétiquement raffinée avec une ancienne tradition spirituelle et culturelle, a eu un profond impact sur sa vie professionnelle, aussi bien que sur sa vie personnelle. Il a été particulièrement impressionné et touché par les théâtres Kabuki et No japonais, et
plus tard il a incorporé différents éléments de ces arts dramatiques orientaux dans son travail.
Sa compréhension du plein potentiel du théâtre dans ce qu'il a de meilleur – son pouvoir guérisseur, rituel, magique et spirituel – s'est développée pendant une profonde crise personnelle qui est devenue un moment crucial dans sa vie. Au beau milieu d'une pièce dans laquelle il interprétait le rôle principal, il a été d'un seul coup assailli par des doutes graves et des questions concernant le sens de sa vie et de la vie en général, et il a senti un besoin insurmontable d'entreprendre un voyage de découverte de soi. Il a laissé les arts dramatiques et a choisi l'isolement, où il a pratiqué une intense méditation. Cette période a culminé dans un épisode de deux mois pendant lequel il a vécu de dramatiques et insolites états de conscience. C'est cette expérience personnelle bouleversante qui lui a donné une nouvelle appréciation des racines du théâtre européen dans la tragédie grecque, avec ses profonds effets cathartiques.

Une autre source vitale de l'inspiration de Paul a été le champ de la psychologie et de la psychothérapie. Après cette crise personnelle, il a senti le besoin d'explorer les vécus qui avaient si profondément transformé son existence, et de leur donner une expression dans sa vie. Sa quête l'a mené à Esalen, où il a été exposé à un large éventail de thérapies innovantes et transpersonnelles. Il a été particulièrement et profondément influencé par les thérapies Gestalt, une approche apportée puis développée à Esalen par le psychiatre sud-africain Fritz Perls. La Gestalt est une méthode de psychothérapie expérientielle originale, qui utilise une intense attention de la conscience aux processus émotionnels et physiques survenant dans l'ici-et- maintenant, pour terminer (psychologiquement parlant) différents problèmes traumatiques inachevés de la vie d'une personne. Paul a eu l'occasion d'apprendre la Gestalt par le principal disciple de Perls, Richard Price, le cofondateur d'Esalen.

A Esalen, Paul Rebillot a aussi rencontré Joseph Campbell, un brillant penseur et professeur, généralement considéré comme le plus grand spécialiste mondial de mythologie. C'est le travail de Campbell qui a procuré le modèle et le nom du Voyage du Héros. En analysant un large éventail de mythes de différentes parties du monde, Campbell a découvert qu'ils contenaient tous des variations sur un seul thème universel, une seule formule archétypale. Ce "monomythe", comme il l'a appelé, apparaissait semblait-il dans toutes les cultures et à toutes les époques de l'histoire.

C'était l'histoire du Héros, homme ou femme, un individu qui reçoit une appel supérieur et qui se lance dans un voyage fait de dangereuses aventures. Après une série d'épreuves difficiles qui souvent culminent dans une expérience de mort et de renaissance, le Héros revient à la civilisation renforcé, guéri et transformé, et il utilise ses nouveaux dons pour le bien d'autrui.

L'intellect perspicace et incisif de Campbell ne se satisfaisait pas de la reconnaissance de l'universalité de ce mythe en tout temps et en tout lieu. Sa curiosité l'a conduit à se demander ce qui rend ce mythe si universel. Pourquoi le thème du voyage du Héros fait-il appel aux cultures de tous les temps et de tous les pays, alors qu'elles diffèrent souvent par tout autre aspect ? Sa réponse a la simplicité et la logique implacable de toutes les brillantes intuitions. Il a réalisé que ces mythes ne sont pas des histoires fictives de personnages imaginaires dans des pays inexistants. En fait, le monomythe du voyage du Héros est une fidèle description des territoires expérientiels visités par ceux qui traversent des états visionnaires pendant une crise de transformation. Et comme la crise psychospirituelle de transformation est une expérience humaine universelle, il en va de même du mythe.

La présence universelle du motif du voyage du Héros, et le fait qu'il concerne la dynamique intime de la psyché humaine, cela peut nous aider à comprendre pourquoi tant de gens réagissent si profondément et avec tant d'enthousiasme à la structure de Paul Rebillot. Il est important de réaliser que le Voyage du Héros n'est pas un produit superficiel sorti de l'imagination de Paul, mais quelque chose qui a grandi sur son combat personnel et sur sa profonde crise émotionnelle, philosophique et spirituelle.

Aux prises avec les dilemmes fondamentaux de l'existence humaine, il a dû se relier à la dynamique la plus profonde de la psyché et connaître ses archétypes universels. La psychiatrie traditionnelle peut bien voir l'état de conscience exceptionnel et spectaculaire qui a rendu cela possible comme un processus pathologique, comme une manifestation de psychose. Dans le contexte de la psychologie transpersonnelle, des
expériences de cette sorte sont vues comme des crises de transformation spirituelle ou des "urgences spirituelles." Avec une bonne compréhension, une assistance et un soutien, ils peuvent avoir des résultats très bénéfiques pour les personnes concernées.

A l'occasion, un individu peut parvenir à une assimilation et à une intégration réussies de ces états sans aide extérieure. Dans le cas de Paul, le résultat final de ce processus – la qualité de l'intégration personnelle qui a suivi, et l'extraordinaire fruit de cette expérience : le Voyage du Héros – laisse à coup sûr penser que c'est bien ce qui s'est passé.

Le Voyage du Héros est un remarquable exemple de la façon dont un individu doué et créatif peut transformer l'expérience bouleversante de la "nuit noire de l'âme" en quelque chose qui non seulement catalyse sa propre guérison et sa transformation, mais procure aussi une trame utile pour le voyage intérieur de milliers d'autres personnes. L'idée originelle de Paul était de créer une structure qui rendrait possible à des professionnels de santé mentale de se faire une idée des expériences que certains de leurs patients traversent, pour qu'ils puissent s'affranchir de leurs préjugés sur la pathologie et apprécier le potentiel créatif et guérisseur de ces états. Même si le Voyage du Héros peut certainement atteindre ce but, son potentiel va au-delà de ce cadre étroit. C'est un processus qui peut favoriser la croissance et la connaissance de soi pour des centaines de gens souffrant de "psychopathologie de la vie quotidienne", aussi bien que pour ceux qui sont étiquetés comme patients et pour ceux qui s'occupent d'eux.

La structure de Paul Rebillot est sans aucun doute un médium de profonde transformation individuelle. Et pourtant, le fait qu'elle s'est développée comme une expérience de groupe, et qu'elle gagne à être vécue dans un contexte groupal, présente quelques avantages complémentaires significatifs. Des anthropologues, en particulier Victor Turner, ont montré que la pratique de rituels dans un contexte groupal crée un esprit de cohésion interpersonnelle et sociale, une camaraderie tribale et un sens de la communauté. Quiconque a vécu une expérience avec Paul Rebillot sera certainement capable de confirmer cette observation. De telles participations peuvent donc devenir un excellent remède contre la déshumanisation et l'aliénation caractéristiques du monde industriel et – à condition qu'elles puissent être conduites à une échelle
suffisamment grande – peuvent contribuer de façon significative à l'atténuation de la crise globale que nous rencontrons tous."

Stanislav Grof, M.D.
Mill Valley, Californie
20 septembre 1992

Interview de "Nouvelles Clefs" avec Paul Rébillot

Intégrant sa démarche de gestalt-thérapeute, d'homme de théâtre, sa grande connaissance des mythes et de l'expérience parfois douloureuse de sa propre vie, Paul Rebillot a créé un modèle original et unique de stages de développement de la conscience. Pour lui, notre histoire personnelle est alimentée et colorée par un mythe collectif. Entrons avec lui sur la scène du théâtre de l'humain.

Enseignement spirituel.
N.C. Le mythe est-il une représentation des différentes possibilités de relations dont l'être humain peut avoir conscience?

P.R. Tout à fait. Je dis souvent que les mythes sont comme un compte bancaire où nous, les êtres humains, avons déposé toute la richesse, l'éventail des différentes situations psychologiques possibles et leurs réponses.
Dans le théâtre grec, les mythes racontaient les relations entre les dieux et les déesses que nous appelons aujourd'hui les archétypes, c'est à dire des forces physiques que nous avons tous en commun. Apollon, par exemple, représente la raison, l'harmonie de la pensée, Dionysos, l'aspect orgastique, la jouissance et la déraison. En fait, l'aspect d'Apollon n'existe pas sans celui de Dionysos. La rationalité et la folie vont ensemble, comme deux aspects indissociables de l'être humain. Tous, nous avons cela en commun et pour toujours.
Dans le théâtre grec, le mythe offrait la possibilité de la catarsis, c'est à dire de représenter et d'expérimenter ces choses vécues de l'intérieur de tous les points de vue possibles.

Incarner toutes les images

Quand j'ai rencontré à Trimurti le Vénérable Gosok Rimpoché, lama tibétain, je lui ai expliqué la gestalt où au lieu de simplement parler de quelque chose, un problème, une difficulté, nous essayons d'incarner, de dramatiser la situation. Par exemple si j'ai des choses à dire à ma mère que je n'arrive pas à lui dire dans la réalité, j'imagine qu'elle est vraiment là, en face de moi, je lui parle. Ensuite, je change de rôle et je prends sa place. Il m'a répondu : "Ah, nous faisons aussi cela, nous les tibétains, pour comprendre la compassion. Ce que tu fais est très important".
Quand je lui évoquais la mythologie, et dans ce cadre, comment les personnes incarnent tous les aspects d'un mythe, depuis le chien, le plus petit, jusqu'aux plus grands, les dieux, Rimpoché m'a dit "C'est aussi important pour tous les êtres humains de faire cela". C'est l'essentiel d'incarner toutes les images pour comprendre et intégrer les différents aspects d'un mythe. L'énergie du chien, par exemple, peut vous révéler quelque chose à propos de votre fidélité, de l'aspect sauvage apprivoisé. Il est l'ami que l'on aide et qui nous aide, les dieux eux, sont associés au pouvoir, à ce qui est grand, etc. Tout cela est présent dans un mythe.

Mythe collectif

N.C. Dans votre travail thérapeutique, vous animez un séminaire dont le thème est le mythe personnel. De quoi s'agit-il et en quoi est-ce différent du mythe collectif ?

P.R.Pour moi, les mythes grecs sont la base de notre culture, mais encore est-il nécessaire de trouver comment le mythe collectif est impliqué dans la vie quotidienne. Nous sommes tous les mythologues de notre propre vie. Enfants, lorsque quelque chose nous arrive dans notre famille, nous créons une histoire pour l’expliquer, une mythologie comme par exemple : « C’est de ma faute si mon père est mort… », ce n’est pas de votre faute mais le mythe que vous avez créé conforte votre culpabilité.

Voici une autre histoire pour illustrer la façon dont nous créons les mythes. Pendant un temps, j’ai habité Esalen en Californie. Je devais organiser « The big House », l’endroit des séminaires. Stanislav Grof (Respiration Holotropique) en avait organisé un avec de nombreuses personnalités connues. Tout le monde était complètement « décollé », et moi je gardais les pieds sur terre, en m’occupant de choses concrètes.

Mythe personnel
Un matin, une jeune femme rousse arrive dans la pièce où je me trouvais en marchant comme si elle flottait au-dessus du sol ! Réellement, elle s’approche de moi en flottant ! Elle me dit « Paul », je lui dis « oui », « Paul, qu’est ce que cela signifie si un matin, un chat noir entre dans la salle, s’allonge devant le maître et mange un papillon ? », je lui réponds : « Cela signifie : un chat noir est entré dans la salle, s’est allongé devant le maître et a mangé un papillon ». « Ah, tu veux dire que cela ne signifie rien ? » « Non, je dis seulement que cela signifie qu’un chat noir est entré dans la salle, s’est allongé devant le maître et a mangé un papillon ! tout le reste c’est toi, les symboles, la signification que tu donnes à cela c’est toi ». Avec une histoire comme celle-là vous pouvez créer un mythe, mais le plus important est qu’en observant l’histoire dans votre tête, vous pouvez comprendre quelque chose à propos de vous-même !

Peur de souffrir
Dans les mythes il y a des héros, deux types de héros : ceux qui ont choisi de sortir du jardin, qui cherchent quelque chose et sont prêts à braver tous les dangers pour cela et il y a le héros qui n’a rien demandé, le héros malgré lui…
Il y a le héros conscient et il y a les autres, comme moi par exemple, ceux qui ont plutôt tendance à rester devant leur télévision en mangeant et en grossissant. Ceux-là ont besoin de quelqu’un qui leur donne un coup de pouce qui leur dise « Allez, c’est le moment »

Le héros malgré lui
Quand j’étais plus jeune, j’étais professeur de théâtre à l’université de San-Francisco et je m’y sentais très bien. Je pensais que peut-être j’y resterais toute ma vie, mais un jour j’ai reçu « un coup de pied au derrière », on me refusait le diplôme spécifique qui m’aurait permis de faire carrière. Je pouvais rester mais sans être vraiment intégré au corps professoral, je devenais un « peu accessoire ». J’ai eu le sentiment d’avoir été renvoyé. Il faut dire aussi que j’avais monté une pièce de théâtre sur le mythe de Dionysos d’une manière qui, à cette époque, choquait la bonne société : j’utilisais le rock’n roll, l’image du hippie, pour représenter Dionysos et celle des militaires pour Pentus, des gens très carrés…je n’étais pas soumis comme professeur de théâtre, mais plutôt révolutionnaire !!


Le vaste monde
J’ai été forcé de partir. Alors j’ai réalisé que je vivais comme derrière un mur et à ce moment-là j’ai commencé à grandir en conscience, dans mes relations aussi. Je suis allé enseigner à Stanford, une université plus importante, et fait d’autres choses encore…maintenant je travaille en Europe, au Japon, aux USA, et, mon monde est devenu beaucoup plus vaste. Si j’étais resté en place, peut-être serais-je devenu un vieux professeur au visage crispé qui râle tout le temps…!
Mais effectivement, je ne suis pas ce héros qui part volontairement. Il a fallu que je sois poussé.

La projection amoureuse
Le mythe peut donc aider à développer l’individuation.C.G. Jung disait que de plus en plus le destin de l’être occidental est de devenir un individu et le Moyen-Age a développé beaucoup de mythes dans ce sens-là…
Laissez-moi vous conter une petite histoire que C.G. Jung racontait à propos de la relation entre un homme et une femme. Au début, ils se regardent éperdument, c’est le filtre de l’amour comme dans Tristan et Iseult. Ils tombent dans cet état d’amour au-delà de la volonté comme Roméo et Juliette. A ce moment-là, ils ne regardent pas vraiment l’autre mais quelque chose à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils rencontrent en l’autre leur anima ou leur animus, pour les hommes, le reflet de leur âme, pour les femmes celui de leur esprit. En général, au début, ils sont très gentils l’un avec l’autre, chacun voulant être le plus beau possible, etc. S’il n’aime pas la couleur verte, par exemple, elle rangera dans un placard tous ses vêtements verts et s’il sait qu’elle ne supporte pas les gens en retard, il va trouver le moyen d’arriver toujours à l’heure. Si la femme, par exemple, établit très facilement des contacts, son compagnon commencera lui aussi, à se trouver de plus en plus à l’aise en société. Elle lui servira d’appui et petit à petit, tous les deux grandiront mutuellement mais toujours sur cette base de la projection amoureuse. Jung dit qu’en général cela dure trois ans. Et puis un jour dans la rue, elle tombe sur un ensemble tout vert, magnifique. Elle se voit déjà transformée en Greta Garbo, elle entre dans le magasin, l’achète en se disant qu’elle va le porter dans la soirée. Lui, de son côté est très occupé.


L’amour réel
Ce soir-là particulièrement, il a un problème avec son ordinateur. Tout à coup, il regarde sa montre, s’aperçoit qu’il a une demi-heure de retard. Il court, prend sa voiture et arrive à la maison. Il donne un coup de sonnette, la porte s’ouvre et elle est là devant lui, tout en vert et lui a une heure de retard. Alors chacun dit à l’autre : « Tu n’es plus la personne de qui je suis tombé amoureux, tu es devenu quelqu’un d’autre ». Et pourtant, à ce moment-là, seulement, l’amour réel devient possible entre eux, sans plus s'obliger à être tel que l'autre veut qu'on soit mais être dans son authenticité, autrement dit, faire tomber les projections. Souvent, l'obstacle de la différence fait renoncer alors que le vrai travail amoureux commence là.